Objectivité/subjectivité/sociologie...
Par Oh!RéL' le mercredi, octobre 21 2009, 22:50 - A propos de la place de la socio - Lien permanent
Les questions relatives à l'objectivité et la subjectivité en sociologie, présentes depuis la naissance de la discipline, ne cessent d'alimenter les débats. Voici un devoir réalisé sur le sujet : « En vous basant sur vos connaissances et sur les théories et auteurs vus en cours, vous examinerez la question de l'objectivité et de la subjectivité en sociologie. » Quelques (petites) pistes de réflexion sur le sujet...
Objectivité et subjectivité sont deux notions étymologiquement opposées : la première existe indépendamment de la pensée, a rapport à l'objet et est exempte de partialité ; à son opposé la seconde se rapporte au sujet pensant et varie avec les sentiments, le jugement et les habitudes de chacun.
La sociologie, sciences des phénomènes sociaux donc science humaine, est depuis toujours chahutée par la question de l'objectivité et de la subjectivité. En effet, pour obtenir le statut de science, l'objectivité était une condition nécessaire puisque correspondant à la rationalité scientifique. L'objectivité conduit à l'universalité des connaissances, donc à la reconnaissance scientifique des travaux. Cependant, la question de la subjectivité se pose, de fait, à la sociologie. En effet, comment un homme, tout sociologue qu'il soit, peut faire abstraction de tout ce qu'il a vécu, de tout ce qu'il connait pour faire son étude ? Le sociologue a, lui aussi, une histoire sociale, donc une certaine vision des choses. Ainsi ses choix (de sujet d'étude, de méthode, d'auteurs référents, ...) sont influencés par sa propre culture. L'implication du sociologue dans son terrain est aussi une source de subjectivité (l'observation participante en est le meilleur exemple). C'est ensuite l'analyse des faits qui subi l'influence des références personnelles du sociologue (les mêmes statistiques peuvent faire l'objet d'une analyse différente, ce que certains appellent la domination masculine peut ne pas être considérée comme une domination par d'autres, ...).
Nous allons étudier cette question à travers plusieurs grands auteurs de la sociologie : Auguste Comte et Émile Durkheim dans une première partie puis Wilhelm Dilthey et Max Weber dans une seconde.
Les précurseurs de la sociologie basèrent leurs travaux sur le modèle des sciences de la nature, puisque seul modèle scientifique alors connu.
Auguste Comte (1798 -1857), célèbre pour son invention du terme « sociologie », fut le premier à en définir une méthode et un paradigme : le positivisme. Basé sur l'observation des faits et leur analyse selon les méthodes des sciences de la nature, le positivisme exige de la précision, de l'organisation, de la rationalité, et donc de l'objectivité. En inscrivant les études sociales dans un cadre tel que celui du positivisme, Auguste Comte a posé les fondations d'une discipline scientifique, en exigeant une démarche objective.
Le successeur de Comte dans la construction de la sociologie fut Émile Durkheim (1858 -1917). C'est lui qui, de la fin du 19e siècle à la première guerre mondiale, installa la sociologie comme discipline académique et autonome. C'était le désir de Durkheim de faire reconnaître la sociologie comme discipline scientifique dans le monde universitaire. Les maîtres-mots de Durkheim dans sa conception de la sociologie étaient rigueur, raison et science. Fortement influencé par Comte, il en a retenu le modèle positiviste. Lorsque Durkheim énonce qu' « il faut considérer les faits sociaux comme des choses », il entend par là que l'étude des faits sociaux doit être réalisée avec la même objectivité que l'étude d'un composant chimique par exemple. Il veut ainsi que le sociologue prenne du recul par rapport à sa situation d'acteur social, pour découvrir les faits sociaux qui l'entourent avec un regard scientifique. C'est par un souci d'objectivité qu'il précisa que le sociologue doit « écarter systématiquement toutes les prénotions ».
L'objectivité était donc au centre de la construction de la sociologie par ces deux fondateurs.
En Allemagne, la querelle des méthodes en sciences sociales bat son plein dans le monde universitaire dès la fin du 19e siècle. S'y opposent les positivistes, défenseurs des méthodes s'inspirant des sciences de la nature et de l'objectivité, et les anti-positivistes, voulant fonder les sciences de l'Homme sur la compréhension des faits, donc sur la subjectivité.
Wilhelm Dilthey (1833 -1911) fut l'un des fervents défenseurs de l'implication du sociologue dans son étude, affirmant que le sociologue ne doit pas s'extérioriser du fait qu'il étudie, mais au contraire l'étudier depuis l'intérieur. La subjectivité est alors totale, toute analyse étant condition du chercheur qui l'a produite.
Max Weber (1964 -1920), qui est lui aussi l'un des fondateurs de la sociologie, fut confronté de fait, à la querelle des méthodes. La réflexion méthodologique qu'il mena tout au long de son œuvre le rend indispensable à l'analyse de la question de l'objectivité et de la subjectivité en sociologie. Weber faisait de l'objectivité la condition essentielle de la connaissance scientifique. Pour lui, la sociologie se doit de construire des « vérités objectivement valables » pour tous. Mais Weber affirmait également que lorsque le sociologue laisse parler les faits tels quel, il adopte quand-même un point de vue. Il développa alors le concept de « neutralité axiologique », sorte de condition pour atteindre l'objectivité scientifique : le sociologue doit distinguer clairement dans son analyse ce qui relève de la rationalité des recherches scientifiques et ce qui relève de l'évaluation pratique faite à partir de croyances et de normes personnelles. Ainsi Weber ne refuse pas complètement la subjectivité inhérente à l'Homme mais donne comme obligation aux sociologues de faire cette distinction et de l'indiquer clairement aux lecteurs. On découvre donc avec Weber une nouvelle position méthodologique, à mi-chemin entre objectivité absolue et subjectivité totale.
Par ces études d'auteurs fondamentaux, nous avons vu que la sociologie fut, est, et sera le terrain d'un questionnement sur objectivité et subjectivité. Le sujet pensant et l'objet de la sociologie sont tous deux l'Homme. Cette particularité induit la présence de la subjectivité et de l'objectivité. Chaque sociologue doit donc gérer cette contradiction au mieux, en toute sincérité et clarté vis-à-vis de lui-même, de ses pairs et de ses lecteurs.
Commentaires
de sujet d'etude, de methode, d'auteurs referents -> j'ai du ma à vraiment suivre là...