image     <  Lundi 7 Juillet 2008  > Valid HTML 4.01 Transitional

Sujet : « En vous appuyant sur des enquêtes et méthodes choisies parmi celles du cours, vous exposerez les difficultés rencontrées par le sociologue dans son enquête de terrain. »

 

Aux prémisses de la sociologie, les sociologues étaient, pour la plupart, sédentaires : ils ne pratiquaient pas l'enquête directe de terrain. Ils travaillaient à l'explication des descriptions que faisaient les explorateurs, les ethnologues ou les historiens. Mais ce sont certains de ces sociologues sédentaires qui formèrent toute une génération de sociologues de terrain. Aujourd'hui, les enquêtes de terrain sont usuelles en sociologie, mais ce n'est pas sans difficultés que les sociologues se confrontent à la réalité, et ce à tous les stades de l'enquête.

 

Avant de se lancer sur le terrain, le sociologue se prépare en effectuant un recueil de données, de façon à connaître son terrain et à mieux envisager sa méthode. Durant ce travail de recherche, le sociologue peut être confronté à des difficultés telles qu'une pauvreté d'informations si le sujet est particulier ou, à l'inverse, d'innombrables informations parmi lesquelles il devra sélectionner les plus utiles et pertinentes pour son enquête.

Ensuite, le sociologue devra choisir la méthode adéquate pour étudier son terrain. Il a alors le choix entre l'observation « à découvert » et l'observation « participante ». Nous l'avons vu dans le texte de Fournier et Arborio Présentation de soi, préserver son maintient. L'observation « à découvert » entraîne parfois des difficultés à se faire accepter, à obtenir des informations sincères et correspondant à la réalité. Le sociologue a, en effet, dit qui il est et pourquoi il est là, ce qui peut entraîner la méfiance de la population étudiée, son silence, et plus fréquemment une modification des comportements. Ce n'est donc pas sans difficultés que le sociologue devra obtenir la confiance des enquêtés et réussir progressivement à se fondre dans le paysage. Lorsqu'il a choisi l'observation « participante », le sociologue doit tenir un rôle qui n'est pas le sien, être crédible et éviter d'être découvert, puisqu'il se fait passer pour quelqu'un qu'il n'est pas, dissimulant sa profession de sociologue. De plus, ce rôle que le sociologue doit occuper pour étudier au mieux son sujet peut lui être inaccessible : il ne peut s'improviser chirurgien, footballeur, ou pratiquer l'échangisme pour son enquête de terrain. Le sociologue doit donc faire les bons choix méthodologiques, ceux correspondant le mieux à son sujet d'étude. Notons que le sociologue peut s'immerger dans son terrain tout en étant à découvert, comme nous le montre le travail de Philippe Bourgois pour Une nuit à East Harlem, qui vivait dans le quartier qu'il étudiait, qui participait à la vie de la population mais qui avait décliné son identité de sociologue, et pratiquait aussi les récits de vie.

Durant l'enquête, le sociologue doit être attentif à plusieurs paramètres, et c'est peut-être là qu'est la plus grande difficulté. Il doit en effet poser les bonnes questions, avoir un langage adapté à son interlocuteur, et s'il est incognito il doit obtenir les réponses sans toujours poser les questions (cela risquerait d'éveiller des soupçons). Il doit aussi s'adresser aux personnes ayant de l'intérêt pour son enquête et rencontrer le plus de personnes possibles pour contrer la subjectivité. Il doit aussi gérer toutes les informations qu'il reçoit en étant organisé, en tenant à jour un carnet où il répertorie toute l'évolution de son enquête, en utilisant des enregistrements et en faisant preuve d'une grande mémoire, d'autant plus s'il effectue une observation « participante ». La durée étant une condition importante de réussite d'une enquête de terrain, un travail sur le long terme est conseillé. Outre une étude de qualité, cela conduit à des sacrifices : de longs mois aux horaires de travail difficiles, souvent loin de sa famille, s'impliquer de sa personne et parfois impliquer son entourage (citons ici P. Bourgois qui vécu avec sa famille dans une maison délabrée de Harlem). Cela doit se faire sans que le sociologue ne s'attache aux personnes qu'il côtoie toute la journée, et ce dans un souci d'objectivité. Tout cela nous a été illustré par les textes de S. Beaud et M. Pialoux dans Les enjeux de la méthode d'enquête par entretiens, dans Une nuit à East Harlem de P. Bourgois ainsi que dans Enquête de terrain et Se comporter sur le terrain de Fournier et Arborio.

Une fois son enquête achevée, le sociologue doit faire un retour sur son travail avant de faire la rédaction finale, et ce pour prendre le recul nécessaire. O. Schwartz l'explique dans Le monde privé des ouvriers. La durée et la complexité de cette tâche ne sont pas les dernières difficultés que le sociologue va rencontrer avant de clore son travail. En effet, il devra ensuite faire des choix, parfois cornéliens, concernant la rédaction finale de son enquête : utiliser le « je » ou faire un récit impersonnel, faire de simples descriptions ou raconter des situations vécues, organiser le récit de façon thématique ou de façon chronologique, etc. Nous avons pu observer clairement les différences de rédaction à la lecture comparée des textes de P. Bourgois et de P. Bourdieu (respectivement Une nuit à East Harlem et La maison kabyle, ou le monde renversé).

Ainsi nous avons vu que le sociologue ne peut s'engager sur le terrain muni de ses seules connaissances théoriques. En complément de ses lectures d'enquêtes sociologiques, il devra développer des aptitudes à gérer diverses situations. On peut penser que, même s'il est bien préparé, c'est seulement après plusieurs expériences de terrain, que le sociologue commence à y être réellement efficace.


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